Le Voyageur et son Ombre – Friedrich Nietzsche

Le Voyageur et son Ombre – Friedrich Nietzsche

   
ComGris

 Le Voyageur et son ombre

(Der Wanderer und sein Schatten) est une œuvre du philosophe Friedrich Nietzsche publiée dans le tome II de Humain, trop humain.

Le Voyageur et son OmbreToute grande œuvre, à quelque degré, est toujours incomprise. Mais celle de Nietzsche, plus encore que les autres, provoque les malentendus. Sans doute parce qu’il est difficile de résister, en face de Nietzsche, à la double tentation : soit de chercher des prétextes pour neutraliser les terribles questions qu’il soulève, soit de projeter sur ses écrits des préjugés de doctrinaires et des fantasmes personnels. On condamne Nietzsche ou on l’exploite ; mais il est rare qu’on lui laisse la parole.

On refusa longtemps à Nietzsche la qualité de philosophe, en alléguant ses contradictions, son style poétique et aphoristique. On invoqua sa maladie et l’effondrement final pour classer ses livres au nombre des documents pathologiques. Défigurée par la propagande nazie, l’œuvre nietzschéenne fut accusée de propager un irrationalisme servant de couverture idéologique au capitalisme dans sa phase impérialiste. On pourrait allonger la liste de ces interprétations aberrantes. Mais l’essentiel est que, par l’influence qu’elle exerça sur les esprits de l’époque, l’autorité philosophique de Nietzsche se soit universellement imposée, au point que Nietzsche est reconnu aujourd’hui pour l’un des génies qui ont modelé le visage du XXe siècle.

Il s’en faut de beaucoup, pourtant, que règne actuellement l’unanimité quant à l’appréciation du sens de son œuvre. Certes, celle-ci est un chantier d’idées plus qu’un système. La beauté et la clarté du style nietzschéen dissimulent, en l’absence d’un vocabulaire techniquement rigoureux, la profondeur redoutable de la pensée. Ose-t-on s’aventurer dans cette profondeur, on se trouve engagé dans un labyrinthe aux multiples détours. C’est dire que la philosophie nietzschéenne n’autorise pas une explication univoque et définitive. Sa vérité ultime réside dans l’impulsion qu’elle donne pour aller plus loin.

Il n’empêche qu’embrassée dans son ensemble cette œuvre offre une cohérence réelle, à condition que l’on respecte les subtiles distinctions qui surdéterminent les mots […]

Jean GRANIER, « NIETZSCHE (F.)  »
consulté le 4 décembre 2015.
 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *