The Insane Purple One

Noam Chomsky Noam Chomsky

Composition pour Piano, percussions, xylophone, clarinette et clarinette basse.
Noam Chomsky: Le fossé entre l’opinion publique et le monde politique ne fait que se creuser. Avec un extrait du “Meilleur des mondes” d’Aldous Huxley.

Noam Chomsky

Noam Chomsky2010 – La prise de contrôle de la démocratie par les Corporations

 

Désormais les dirigeants des corporations  pourront acheter directement les élections sans passer par des intermédiaires. La Cour Suprême des États-Unis vient d’augmenter considérablement le pouvoir d’une petite minorité de la population qui contrôle l’économie.

 

Le 21 janvier 2010 entrera dans l’histoire comme une journée noire pour la démocratie aux États-Unis et le début de son déclin. Ce jour-là, la Cour Suprême des États-Unis a rendu un jugement qui précise que le gouvernement n’a pas le droit d’empêcher les corporations d’investir directement dans les élections – une décision qui affectera profondément la politique du gouvernement, aussi bien intérieure qu’extérieure. Cette décision annonce un renforcement de la mainmise des Corporations sur le système politique des États-Unis. Selon les éditorialistes du New York Times, la décision « frappe au coeur même de la démocratie » en « ouvrant la voie aux Corporations qui pourront consacrer leurs vastes trésoreries à noyer les campagnes électorales et intimider les élus à défendre leurs intérêts. » Désormais les dirigeants des Corporations pourront acheter les élections directement, sans passer par des moyens indirects plus compliqués. On sait que les contributions des Corporations, parfois présentées sous des emballages complexes, peuvent faire basculer une élection et décider de la politique. La Cour vient d’augmenter considérablement le pouvoir d’une petite minorité de la population qui contrôle l’économie. La « théorie d’investissement en politique » de l’économiste politique Thomas Ferguson est un très bon outil de prédiction de la politique à long terme du gouvernement. Cette théorie considère que les élections sont des occasions offertes au secteur privé pour nouer des alliances et investir dans la prise de contrôle de l’état. La décision du 21 janvier ne fait que renforcer les moyens consacrés au sabotage de la démocratie. Le contexte est très révélateur. Dans son exposé, le juge John Paul Stevens a admis que « depuis longtemps nous avons reconnu que les Corporations étaient protégées par le Premier Amendement » – l’article de la Constitution qui garantit la liberté d’expression, ce qui inclut le soutien de candidats aux élections. Au début du 20eme siècle, les théoriciens et les tribunaux ont appliqué la décision de 1886 qui considère que les Corporations – ces « entités légales collectivistes » – ont les mêmes droits que les personnes physiques. Cette attaque contre le libéralisme classique a été sévèrement condamnée par une espèce de conservatisme en voie de disparition. Christopher G. Tiedeman a décrit ce principe comme « une menace pour les libertés individuelles et pour la stabilité des états américains en tant que gouvernements populaires ». Morton Horwitz écrit dans son histoire de la justice que le concept de personnification des Corporations a évolué lorsque le pouvoir s’est déplacé des actionnaires vers les dirigeants, pour finalement aboutir à la doctrine selon laquelle « les pouvoirs du conseil d’administration sont identiques à ceux de la corporation ». Quelques années plus tard, les droits des Corporations ont été étendus bien au-delà de ceux des personnes physiques, notamment par les mal nommés « accords de libre échange ». Selon ces accords, par exemple, si General Motors monte une usine au Mexique, elle peut exiger d’y être traitée comme n’importe quelle entreprise mexicaine (« traitement national ») – contrairement à un Mexicain fait de chair et de sang qui chercherait un « traitement national » à New York, ou même un minimum de respect pour les droits de l’homme. Il y a un siècle, Woodrow Wilson, à l’époque un universitaire, a décrit une Amérique dans laquelle « un petit groupe d’hommes, » des dirigeants d’entreprises, « détiendraient un tel pouvoir de contrôle sur la santé et l’économie de leur pays » qu’ils en deviendraient « les concurrents directs du gouvernement ». En réalité, ces « petits groupes » sont devenus de plus en plus des maîtres de gouvernements. Le dernier jugement rendu par la Cour Suprême leur offre encore plus de perspectives. La décision du 21 janvier est tombée trois jours après une autre victoire des riches et puissants : l’élection d’un candidat Républicain Scott Brown en remplacement du feu sénateur Edward M. Kennedy, le « lion libéral » du Massachusetts. L’élection de Brown a été décrit comme un « soulèvement populiste » contre les élites libérales qui dirigent le gouvernement. L’examen du vote raconte une toute autre histoire. Le taux de participation a été élevé dans les beaux quartiers et faible dans les quartiers à majorité Démocrate. « 55% des électeurs républicains se sont déclarés « très intéressés » par l’élection, » a révélé un sondage du Wall Street Journal/NBC, « contre 38 % des Démocrates. » Les résultats constituent donc bien un soulèvement, mais un soulèvement contre la politique du Président Obama : selon les riches, il n’en faisait pas assez pour les enrichir encore plus tandis que selon les pauvres, il en faisait justement trop dans ce sens. La colère populaire est compréhensible, si on considère que les banques prospèrent, grâce aux sauvetage, alors que le taux de chômage a grimpé à 10% Dans l’industrie, un travailleur sur six est sans emploi – le même niveau de chômage que pendant la Grande Dépression. Avec une financiarisation croissante de l’économie et un décroissement de l’industrie productive, les perspectives de retrouver les emplois perdus sont faibles. Brown s’est présenté comme le 41eme vote contre l’assurance santé – c’est-à-dire la voix qui pouvait renverser la majorité du Sénat. Il est vrai que le programme d’assurance santé d’Obama a été un facteur important dans l’élection du Massachusetts. Les titres des journaux sont corrects lorsqu’ils annoncent une désaffection du public pour ce programme. Les sondages expliquent pourquoi : la loi ne va pas assez loin. Le sondage Wall Street Journal/NBC a trouvé qu’une majorité d’électeurs désapprouvaient la gestion de la santé à la fois par les Républicains que par Obama. Ces chiffres confirment ceux de sondages nationaux récents. Respectivement 56% et 64% des sondés se sont déclarés en faveur de deux mesures importantes du projet d’assurance santé, mesures qui ont pourtant été abandonnées (« public option » et « Medicare buy-in at 55 » – NdT). 85% pensent que le gouvernement devrait avoir le droit de négocier le prix des médicaments, comme cela se pratique dans d’autres pays ; Obama a rassuré la Grande Industrie Pharmaceutique qu’il abandonnerait cette mesure. Des larges majorités se sont déclarées en faveur des réductions de coûts, ce qui est logique : la santé coûte par habitant aux États-Unis environ le double que dans les autres pays industrialisés alors que sa qualité se situe tout en bas de l’échelle. Mais une réduction des coûts ne peut pas être sérieusement envisagée lorsque les compagnies pharmaceutiques bénéficient de telles largesses, et que l’assurance santé se trouve virtuellement entre les mains d’un secteur privé déréglementé – un système coûteux particulier aux États-Unis. La décision du 21 janvier pose de nouveaux obstacles sur le chemin d’une véritable assurance santé, ou d’une véritable politique de l’environnement ou de l’énergie. Le fossé entre l’opinion publique et le monde politique ne fait que se creuser. Et l’ampleur du coup qui vient d’être porté à la démocratie américaine est difficile à imaginer. © Noam Chomsky

Insane purple one - Noam ChomskyThe Corporate Takeover of U.S. Democracy

Now corporate managers can in effect buy elections directly. The U.S. Supreme Court has just handed much more power to the small sector of the population that dominates the economy. Jan. 21, 2010, will go down as a dark day in the history of U.S. democracy, and its decline.

On that day the U.S. Supreme Court ruled that the government may not ban corporations from political spending on elections–a decision that profoundly affects government policy, both domestic and international.The decision heralds even further corporate takeover of the U.S. political system.To the editors of The New York Times, the ruling “strikes at the heart of democracy” by having “paved the way for corporations to use their vast treasuries to overwhelm elections and intimidate elected officials into doing their bidding.”The court was split, 5-4, with the four reactionary judges (misleadingly called “conservative”) joined by Justice Anthony M. Kennedy. Chief Justice John G. Roberts Jr. selected a case that could easily have been settled on narrow grounds and maneuvered the court into using it to push through a far-reaching decision that overturns a century of precedents restricting corporate contributions to federal campaigns.Now corporate managers can in effect buy elections directly, bypassing more complex indirect means. It is well-known that corporate contributions, sometimes packaged in complex ways, can tip the balance in elections, hence driving policy. The court has just handed much more power to the small sector of the population that dominates the economy.Political economist Thomas Ferguson’s “investment theory of politics” is a very successful predictor of government policy over a long period. The theory interprets elections as occasions on which segments of private sector power coalesce to invest to control the state.
 

The Jan. 21 decision only reinforces the means to undermine functioning democracy. The background is enlightening. In his dissent, Justice John Paul Stevens acknowledged that “we have long since held that corporations are covered by the First Amendment”–the constitutional guarantee of free speech, which would include support for political candidates. In the early 20th century, legal theorists and courts implemented the court’s 1886 decision that corporations–these “collectivist legal entities”–have the same rights as persons of flesh and blood. This attack on classical liberalism was sharply condemned by the vanishing breed of conservatives. Christopher G. Tiedeman described the principle as “a menace to the liberty of the individual, and to the stability of the American states as popular governments.” Morton Horwitz writes in his standard legal history that the concept of corporate personhood evolved alongside the shift of power from shareholders to managers, and finally to the doctrine that “the powers of the board of directors “are identical with the powers of the corporation.” In later years, corporate rights were expanded far beyond those of persons, notably by the mislabeled “free trade agreements.” Under these agreements, for example, if General Motors establishes a plant in Mexico, it can demand to be treated just like a Mexican business (“national treatment”)–quite unlike a Mexican of flesh and blood who might seek “national treatment” in New York, or even minimal human rights. A century ago, Woodrow Wilson, then an academic, described an America in which “comparatively small groups of men,” corporate managers, “wield a power and control over the wealth and the business operations of the country,” becoming “rivals of the government itself.” In reality, these “small groups” increasingly have become government’s masters. The Roberts court gives them even greater scope. The Jan. 21 decision came three days after another victory for wealth and power: the election of Republican candidate Scott Brown to replace the late Sen. Edward M. Kennedy, the “liberal lion” of Massachusetts. Brown’s election was depicted as a “populist upsurge” against the liberal elitists who run the government. The voting data reveal a rather different story. High turnouts in the wealthy suburbs, and low ones in largely Democratic urban areas, helped elect Brown. “Fifty-five percent of Republican voters said they were `very interested’ in the election,” The Wall St. Journal/NBC poll reported, “compared with 38 percent of Democrats.” So the results were indeed an uprising against President Obama’s policies: For the wealthy, he was not doing enough to enrich them further, while for the poorer sectors, he was doing too much to achieve that end. The popular anger is quite understandable, given that the banks are thriving, thanks to bailouts, while unemployment has risen to 10 percent. In manufacturing, one in six is out of work–unemployment at the level of the Great Depression. With the increasing financialization of the economy and the hollowing out of productive industry, prospects are bleak for recovering the kinds of jobs that were lost. Brown presented himself as the 41st vote against healthcare–that is, the vote that could undermine majority rule in the U.S. Senate. It is true that Obama’s healthcare program was a factor in the Massachusetts election. The headlines are correct when they report that the public is turning against the program. The poll figures explain why: The bill does not go far enough. The Wall St. Journal/NBC poll found that a majority of voters disapprove of the handling of healthcare both by the Republicans and by Obama. These figures align with recent nationwide polls. The public option was favored by 56 percent of those polled, and the Medicare buy-in at age 55 by 64 percent; both programs were abandoned. Eighty-five percent believe that the government should have the right to negotiate drug prices, as in other countries; Obama guaranteed Big Pharma that he would not pursue that option. Large majorities favor cost-cutting, which makes good sense: U.S. per capita costs for healthcare are about twice those of other industrial countries, and health outcomes are at the low end. But cost-cutting cannot be seriously undertaken when largesse is showered on the drug companies, and healthcare is in the hands of virtually unregulated private insurers–a costly system peculiar to the U.S. The Jan. 21 decision raises significant new barriers to overcoming the serious crisis of healthcare, or to addressing such critical issues as the looming environmental and energy crises. The gap between public opinion and public policy looms larger. And the damage to American democracy can hardly be overestimated. Original English Version
Noam Chomsky

NOAM CHOMSKY

Noam Chomsky is Institute Professor & Professor of Linguistics (Emeritus) at the Massachusetts Institute of Technology, and the author of dozens of books on U.S. foreign policy. He writes a monthly column for The New York Times News Service/Syndicate.

http://www.noam-chomsky.fr/

http://www.noam-chomsky.fr/la-prise-de-controle-de-la-democratie-par-les-corporations/

Et pour mémoire : un extrait du “Meilleur des mondes” d’Aldous Huxley.

1946 --- Aldous Huxley --- Image by © Bettmann/CORBIS - Noam Chomsky

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.» On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir. »

Il n’y a qu’un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette “vérité”.
Friedrich Nietzsche

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A propos Frank Lovisolo-Guillard

Frank Lovisolo est un réalisateur multimédia demeurant à Toulon (France).
Compositeur de musique, il s’est intéressé à l’image pour illustrer ses œuvres musicales.
Frank Lovisolo is a multimedia film-maker who lives in Toulon (France)
He is also a music composer and has always taken an interest in visual representation to illustrate his musical works.

Lien pour marque-pages : Permaliens.

5 Commentaires

  1. Un violet nietzschéen ? Ouiailles notes. Piano, clarinette basse, timbales d’enfer et grand orchestre : t’as les moyens, dis donc ! et t’as raison d’en profiter, parce que les autres aussi s’en délectent les esgourdes. Bravo Frank !

  2. Hello! Je suis bien heureuse d’avoir fini par trouver par incroyable hasard votre page web bien sympa!

  3. Entièrement d’accord avec Nietzsche, et tout autant avec la musique aux couleurs Rouge/Pourpre qui habite votre tableau, ses matières comme ses craquelures.
    La signature à l’envers a aussi son intérêt. Hasard ?
    Clap, clap.

  4. Salut, Frank!
    Love the music!! Really dark and full and deep and full of great sounds!!!
    Well done!!
    Frank…..
    Sa fait ci fucking longtemps!!!
    J’aispair que La prochain fois que je rentre a Ste. P. sera pour habiter la et pas pour sulement Fair la visit ….Tu sais, Les Parantes, ce viellent bien vit!!!
    Fach de con, Je sera Cinquante cet anne!!!??? Aux fong de shishon!!!

    Mas parole!! Putain de vasche!!!…….Bissoux, Frank!

    Check out my Sexy, Romantic, Gothic, Death rock band, ROADSIDE MEMORIAL…
    Were just about finished recording a really good rock and roll record!!
    http://www.roadsidememorialsf.com

    Peace & Love, Jay

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